Claudy
 

Claudy Jeanmougin

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Mon chemin a croisé celui de Claudy en janvier 1987. C’est lui qui m’a enseigné les bases du Yangjia Michuan Taiji Quan. En fait il m’a donné bien plus que ça. Son énergie et son intelligence m’ont permis d’acquérir les outils pour approfondir ma pratique et mon enseignement. Également, en tant qu’homme, je lui dois d’être un peu moins couillon aujourd’hui.

Né à Saint-Florentin dans l’Yonne, le 19 février 1950, et le quatrième d’une famille de six enfants, Claudy ne restera pas longtemps dans le même endroit, du fait de la profession de son père qui était gendarme. À l’âge de trois ans, il quitte Saint-Florentin pour aller  à Villeneuve-L’Archevêque où il ne demeurera que deux ans avant de se rendre à Lury-sur Arnon, dans le Cher. Trois lieux en moins de cinq ans, il n’en fallait certainement pas plus pour lui donner ce goût au voyage qui ne le quittera jamais. Ne dit-il pas qu’il est un vrai nomade ?

Malgré son jeune âge à cette époque, il se souvient bien de ses premiers lieux de résidence, en particulier de Villeneuve-L’Archevêque. « À trois ans, j’ai eu mon premier potager, un petit espace dans le grand jardin de mon père au fond duquel il y avait un poulailler. Les souvenirs les plus tenaces de ce court séjour sont celui de notre voisin, avec sa photo presque grandeur nature sur le mur du séjour le montrant dans sa tenue de spahis, et de ses enfants campant dans le jardin dans les célèbres toiles orange jaune orangé. Le premier me fit rêver de ces grands déserts qu’il avait traversés sur son chameau, et j’enviais les enfants pour leur manière de vivre librement en plein air.

À Lury-sur-Arnon, le temps de la communale, on découvrit que j’étais rachitique et que j’avais fait une primo-infection. Pour cette raison, je passais l’intégralité des vacances scolaires d’été chez mes grands parents, dans un petit village de Haute-Saône, Aillevans, pas très loin de Lure. Mieux que n’importe lequel des sanatoriums, la vie au pied des Vosges dans la grande ferme du grand-père maternel, pendant quelques années, eût raison de ce handicap pour finalement me donner une santé qui me poussa vers des activités physiques intenses comme l’athlétisme, et le goût du travail de la terre.

Puis ce fut le Collège à Mehun-sur-Yèvre dans le Cher, là, je me rendais au club de judo pour voir mes camarades pratiquer une discipline à laquelle je n’avais pas accès, pour des raisons que j’ignore encore. À défaut de pouvoir m’exercer à une discipline qui me tentait vraiment, c’est assidûment que je consacrais mes loisirs à l’athlétisme et au handball. Au lycée de Bourges, où j’étais interne, le sport était, avec la lecture, ma principale évasion. Je décidai donc que je ferai le professorat d’Education Physique. Cette profession « du corps » m’attirait particulièrement par la liberté d’expression que j’y percevais. Et puis il y avait aussi ce désir des métiers médicaux, comme la médecine ou la chirurgie, mais les études me semblaient vraiment trop longues. Je ne savais pas que je ne cesserai jamais d’être étudiant… »

Le goût du voyage étant trop tenace, Claudy interrompit ses études, quelque peu en déroute, pour son deuxième « grand voyage », le Népal par la route. Sa première sortie du territoire fut pour un voyage en Angleterre à mobylette dans les années 67.  Cette deuxième sortie vers l’Inde, en 71, fut très riche en expérience de vie avec l’approche de la culture indienne qui le ravit à merveille. Au retour de ce périple de plus de huit mois, ce fut l’armée à Metz, la reprise des études à l’UER-EPS de Rennes et la rentrée dans la vie active.

« Si mon métier de professeur d’Education Physique me plaisait vraiment par toutes les ouvertures qu’il proposait, j’avoue que j’avais envie d’autre chose et particulièrement d’une discipline médicale. De plus, victime d’une sciatique paralysante pour laquelle je subis une opération, je me voyais mal continuer cette profession qui met le corps à rude épreuve. En 79, je postulais donc pour une formation en kinésithérapie à Nantes, tout en donnant ma démission. Une page se tournait. Mais voilà, l’école ne voulut pas de moi et je me suis donc tournée vers l’ostéopathie qui m’ouvrit ses portes et de belles perspectives. D’une sévère déception, je passais à un vrai bonheur. L’année suivante j’entrepris les études d’acupuncture, encouragé par l’un des professeurs du Collège d’Ostéopathie, André Brunel. Je fis ces études tout en étant professeur honoraire au centre de formation des apprentis de la chambre du commerce d’Angers. »

Le virus du voyage ne l’ayant pas quitté, c’est en été 81 qu’il reprit l’avion pour l’Inde d’abord, puis Taïwan qui n’était pas prévu au programme. Encore un concours de circonstance qui fera basculer les projets et ouvrir d’autres perspectives professionnelles.

« En effet, il était question de partir en Inde une année environ, pour séjourner dans un ashram et se consacrer à l’étude du yoga. Mon épouse avait étudié de nombreux auteurs qui traitaient des techniques de méditation. Son attirance vers la spiritualité motiva en partie notre voyage en Inde, pays dont elle m’avait si souvent entendu parler. Rien ne se fit exactement comme on l’avait envisagé (il faut dire que nous n’avions aucun programme précis en dehors de la destination d’un ashram).

Ce serait bien trop long d’expliquer toutes les raisons qui ont conduit à prolonger le séjour en Inde trois années. Par contre, ce qui est intéressant à narrer, ce sont les rencontres qui ont finalement balisé le parcours. En Inde, je rencontre Dhruva (Lawrence Grinnell), un Américain installé à l’ashram de Sri Aurobindo et qui a une consultation dans un dispensaire à la fois en acupuncture et en ostéopathie. Après avoir fait connaissance, il m’invita à l’assister dans son travail plusieurs matinées par semaine. Cela me permit de me faire la main à la fois en acupuncture et en ostéopathie.

Dans le même temps, avec Maurice Lévèque, professeur de philosophie que nous avions retrouvé à Pondichéry, et Dhruva, nous traduisons le gros livre d’acupuncture de Soulié de Morand en Anglais. Je m’inscris à l’INALCO pour apprendre le chinois par correspondance. Apprendre cette langue devint une nécessité pour mes études d’acupuncture, et pour le projet d’aller en Chine populaire qui avait pris forme durant ces études. Ces trois années d’Inde furent très intenses en étude et en travaux, sans compter les heures d’enseignement au Lycée Français et la formation à l’enseignement du Yoga au Centre de Lonavla (Kaivalyadhama Yoga Institute, Lonavala (India) : http://www.kdham.com/). C’est à Pondichéry que je fis la connaissance de Jean-Claude de Forceville par le biais d’un chercheur de l’Ecole Française d’Extrême-Orient à Pondichéry. Il résidait à Taïwan où son épouse, d’origine Coréenne, préparait une thèse de doctorat en langue chinoise classique. Sachant que je m’intéressais au chinois, on en vint à parler du Taiji quan et il m’invita à passer le voir avant de me rendre en Chine populaire. Il voulait me montrer un Maître avec qui il pratiquait le matin dans un parc. »

Le mot Taiji quan est prononcé, mais Claudy avoue ne rien connaître à cette époque de cette discipline dont il a entendu parler à deux reprises. La première fois, ce fut dans les années 74/75 lorsque l’une de ses collègues professeur d’éducation physique lui montra un livre sur le Tai Chi (Ce livre en question est peut-être celui de Michel Deverge : Tai Ji Quan – D’après l’enseignement du Maître Ang Tee Tong, Santé du corps, bonheur de l’âme, Méditation Chinoise En Mouvement.) et lui demanda s’il voulait bien étudier cette discipline. Peu enclin à travailler une pratique sportive via un livre, il déclina l’offre. Pour la petite histoire, cette collègue ira également à Taïwan pour répondre à une offre d’emploi que Serge Dreyer avait transmise à Claudy. Elle pratiquera le Taiji quan avec Maître Wang dans les années 89/90. La deuxième fois qu’il entendit parler du Taiji quan, c’est peu avant son départ en Inde en 1980.

Une amie de sa femme, Marie-Jo Carthoux, était allé à Taïwan rencontrer un Maître de Taiji quan. Elle parlait de ce Maître avec vénération et suivait des cours à Paris. Ce n’est qu’à Taïwan qu’il réalisera que ce Maître était Wang Yen-nien et que le professeur de Marie-jo était Annick Blard…

« Après trois années passées en Inde, je me rendis à Taïwan après un détour en Thaïlande. Jean-Claude et sa femme nous attendaient et ils avaient même trouvé une chambre chez l’habitant pour notre séjour. Le lendemain matin, il nous emmena à Yuan shan, là où chaque matin un Maître de Taiji quan donnait des cours et qui n’était autre que Maître Wang Yen-nien. Seulement, ce « grand » Maître n’était pas présent car il était aux USA pour un stage de quelques semaines.

Cette première rencontre avec le Taiji quan fut désastreuse. Fort de mes connaissances en ma qualité de professeur d’Education Physique et d’Ostéopathe, et ignorant presque tout de la langue chinoise que je n’étudiais que depuis un an, je fus fort critique des exercices préparatoires. Ce ne fut que quelques jours plus tard, lorsque nous commençâmes à travailler seuls, ma femme et moi, avec Xie Jie-fang, que je commençais à mesurer mon degré d’ignorance en même temps que la chance que nous avions d’apprendre, avec un homme aussi patient et talentueux, une discipline qui me semblait étrange et tellement attirante qu’elle répondait à un désir profond que je ne peux toujours pas expliquer. Comment expliquer cette adoration de la calligraphie chinoise à l’âge de 6/7 ans et ce goût pour les longues étendues désertiques à un plus jeune âge ?

Quand Maître Wang revint d’Amérique, Jean-Claude nous présenta et Laoshi décida que nous devions continuer à travailler avec Xie, ce que nous fîmes avec plaisir tous les matins pendant un mois et demi. Le temps passait et il était temps de prendre une décision : soit nous restions pour étudier cette discipline comme je le souhaitais soit, comme prévu, nous allions en Chine populaire pour rejoindre ensuite la France avec le Transsibérien. Mon épouse accepta de rester quelques mois de plus à deux conditions : trouver un appartement pour ne plus avoir à subir les soirées interminables de ma-jong de nos hôtes chinois, deux jeunes garçons célibataires qui partageaient l’appartement, et faire un voyage en France pour revoir la famille.

Ceci fut fait et de retour à Taipei, nous retrouvâmes Xie pour notre cours du matin jusqu’à la fin de l’apprentissage des trois séquences, et Laoshi tous les soirs puis les matins pendant deux ans. Nous habitions un appartement au quatrième étage d’un immeuble à Shi Lin, un quartier populaire où nous baignions au milieu du monde chinois.

La vie chinoise se fit au rythme des cours de Taiji quan, sans relâche, puis de la traduction du premier livre de Laoshi, mais c’est une autre histoire, et des cours de langue que je prodiguais pour renflouer les fonds qui avaient fondu pour devenir complètement épuisés. Nous fîmes la connaissance des occidentaux qui étaient là pour des raisons diverses, mais tous avaient l’amour de la culture chinoise. En plus des cours de Taiji quan, je suivis des cours de langue chinoise et de calligraphie. Pendant deux ans, je n’ai quitté Taipei que quelques heures pour accompagner des amis. Trop pris par mes activités, je n’avais nulle envie de me disperser dans du tourisme. D’ailleurs, les seules régions qui m’auraient intéressé, la jungle entre autres, étaient interdites au tourisme. Et, fait le plus important est la naissance de Gabriel le 15 août 85. »


Claudy  est rentré en France à la fin du mois de mai 1986. Le retour ne fut pas simple car il s’est senti comme un étranger pendant plusieurs mois. Lui et sa famille ont été hébergés dans la famille de son épouse avant qu’il s’installe à la Résidence de la Croix Blanche à Angers en octobre de la même année. C’est à partir de novembre qu’il entreprend réellement sa profession d’ostéopathe et d’enseignant de Taiji quan, époque de sa déclaration à l’INSEE. L’urgence fut de gagner sa vie. Si des stages avaient été programmés depuis Taïwan pour l’été 86, un seul eut lieu à Montjean-sur-Loire. Par contre, une pratique ouverte à tous, tous les matins de 6h à 7h au jardin du mail d’Angers, eût un réel succès et fut l’occasion d’articles importants dans les quotidiens locaux. C’est sur ces bases qu’un cours fut lancé dans une petite salle de la Doutre et c’est dans cette même salle que je fis la connaissance de Claudy.


À la question qui lui est posée de savoir quelle expérience il a acquis pendant son séjour en Inde et à Taïwan ? il répond par ces mots :  « Une expérience ne se raconte pas, de la même manière qu’il n’est pas possible d’expliquer ce qui a motivé réellement mes séjours à l’étranger en dehors de cette attirance pour des cultures aussi différentes que sont la culture chinoise et la culture indienne. Une expérience est un vécu qui ne peut se transmettre que dans le cadre d’un enseignement. J’ai reçu un enseignement, je transmets un enseignement et c’est dans cette transmission que l’expérience se mesure. C’est pourquoi j’encouragerai toujours les jeunes à aller de l’avant et à vivre pleinement leurs désirs quand ceux-ci visent un épanouissement personnel. Il n’y a rien de plus terrible que de rester sur l’inaccomplissement de la réalisation d’un désir de vie, tout en continuant une vie professionnelle vide d’intérêt. Pour me permettre de vivre ces instants d’enrichissement, j’ai appris à vivre avec peu, voire très peu. L’expérience acquise est celle qui m’a donné la force de travailler de nombreuses heures et de créer tout ce que tu sais déjà. Cette puissance de travail est certainement inhérente à cette expérience, c’est pourquoi je me dois de l’exploiter au mieux pour en faire bénéficier le plus grand nombre. Au milieu de ce plus grand nombre, je me retrouve, et me trouve vraiment bien, quand le tissu relationnel s’établit pour véhiculer des messages d’espoir et de bien-être. »


Claudy a participé à la création de nombreuses institutions, il est co-fondateur de :

• L’ATA en 1986, avec Jean-Claude et Annie Guilbault, Michelle Belleville, Roger et Laurence Barbeau.

• En août 1989, l’Ecole Française de Taiji quan dont il a été le directeur pendant 5 ans.

• En décembre 1989, la Fédération Française des Taiji quan Traditionnelles, devenue aujourd’hui la Fédération Française de Wushu, arts énergétiques et martiaux chinois, dont il a été administrateur pendant deux ans.

• En décembre 1989, l’Amicale du Yangjia Michuan Taiji quan dont il a été le premier président.

• Entre 89 et 91, le Collège Européen des Enseignants du Yangjia Michuan Taiji quan.

(C’est également pendant cette année 89 qu’il reprit ses études d’ostéopathie à l’Institut William Gardner Sutherland.)


Et maintenant, quels sont les projets ?  « Franchement, j’aimerais retourner en Chine, mais en Chine populaire cette fois puisque j’ai loupé le coche il y a 26 ans… J’aimerais pouvoir étudier le chinois plus en profondeur, surtout en ce qui concerne les classiques. Puis, il faut bien se rendre à l’évidence que dans notre style il y a encore vraiment bien des domaines à approfondir. Maître Wang n’étant plus là, il ne faut pas craindre de reprendre le bâton de pèlerin et d’aller chercher ce qui nous manque, même si nous sommes persuadés que la réponse est au plus profond de nous-mêmes. 

Pour finir, je t’avoue que j’aimerais vraiment rencontrer cette force inhérente dont parlent certains ostéopathes, cette puissance de vie qui possède en elle l’auto-guérison, cette force qui ne me semble pas si éloignée de ce dont il est question dans les classiques du Taiji quan. Dans cette recherche, je dispose à la fois du Taiji quan et de l’ostéopathie. Comme tu le vois, le programme est encore imposant ! Heureusement que nous avons l’éternité devant nous…»